rss search

Day 6 : Karigurashi no Arrietty

line

La première semaine à Tôkyô ayant été chargée, nous avons opté pour une dernière journée libre : à chacun d’y faire ce qu’il veut. Alors il y a eu des propositions de visites culturelles, des propositions de braquage de boutiques, … mais rien ne me satisfaisait, à l’exception d’une idée que j’avais en tête bien avant mon arrivée au Japon : aller voir le dernier Ghibli.

Me levant en dernier, j’en profite pour bien prendre mon temps, pour finalement partir en quête d’un distributeur, qui me permettrait de renflouer le liquide que je possède sur moi (je ne parle pas d’eau, hein :nerd: ). Tandis que ma carte récemment renouvelée ne passe plus, j’ai découvert le retrait au guichet de banques japonaises. Les gens y sont aimables, courtois et efficaces. Je suis français, je ne suis pas habitué…

De nouveau riche, je me suis mis en quête d’un cinéma diffusant Karigurashi no Arrietty, (借りぐらしのアリエッティ), le dernier Ghibli. A l’inverse des cinémas français, les cinémas japonais s’accordent pour ne pas diffuser les mêmes films. Seuls quelques élus sont présents à deux endroits en simultané. C’est pourquoi pour mettre la main sur le film, je me suis arrêté à un Ticket Shop.

Les Ticket Shop sont des boutiques vendant à prix discount des tickets pour tout type de divertissements et médias, cinéma compris. Ceci me permet de mettre la main sur une place pour 1300¥ (~12€) au lieu de 1800¥, avec en passant un plan pour trouver le cinéma.

C’est ainsi que je m’y suis dirigé fièrement pour y relever les horaires… oh une séance dans 20 minutes. C’est parti ! :happy:

A l’image des Contes de Terremer, Karigurashi no Arrietty s’appuie sur une oeuvre existante : The Borrowers, de Mary Norton. Le roman et par extension le film nous fait découvrir l’univers des Karigurashi, un peuple de créatures lilliputiennes, proches des minipouss dans l’esprit, vivant dans l’ombre des humains. Tout contact avec les Hommes est formellement interdit, ce qui jusqu’à l’arrivée de Shô ne gênait guère Arrietty. Celui-ci atteint par une grave maladie au cœur, a besoin de repos. C’est pour cela qu’il est convié par sa famille à passer un moment dans la maison de campagne de sa grande tante, assez peu aimable et finalement peu concernée par les problèmes du jeune garçon. Lors de son arrivée, Shô va remarquer une présence assez peu commune dans le jardin de la maison. Ses doutes vont se confirmer quand il va tomber nez à nez avec Arrietty…

De ce scénario finalement très simple, nait une ambiance dont seule le studio Ghibli a le secret. Le style du studio se reconnaît dès les premières secondes, au point de nous transporter dans ce coin de verdure sans même nous demander notre avis. Tout y impeccable, affectueusement peint et coloré. Bien qu’il s’agisse du premier film de Hiromasa Yonebayashi (seul le scénario a été rédigé par Hayao Miyazaki), celui-ci maîtrise les techniques de ses aînés. A ajouter à cela l’incroyable bande son, très orientée celtique et composée par Cécile Corbel, harpiste celtique française (ceci expliquant cela). Envolées lyriques côtoient morceaux plus tristes mais dans une fluidité remarquable. C’est à se demander s’il ne s’agit pas là d’une des plus belles partitions délivrées pour un Ghibli. Karigurashi no Arrietty effectue un impressionnant sans-faute technique et artistique, reléguant les œuvres européennes à des années lumière derrière.

Mais toute cette perfection est mise au service d’une histoire bien plus pauvre que prévue. En 1h40 de film, il ne se passe finalement que bien peu de choses. Certains objecteront que là n’est pas un problème pour les Ghibli, mais la sensation de découvrir la fin alors que l’on cherche encore l’action principale est tenace une fois le générique digéré. D’autant que le réalisateur s’offre quelques raccourcis assez dérangeants, donnant l’impression de sauter des pans entiers d’un scénario initialement écrit. Résumer un roman en une heure quarante est un sacré défi, beaucoup s’y sont cassés les dents, mais de la part de Ghibli, nous en attendions davantage. L’enchainement des faits contraste véritablement avec la fluidité de la bande son et de la réalisation – l’animation y étant absolument divine, vous vous en doutez bien.

Les sentiments d’Arrietty varient également de manière un peu trop prononcée, comme si, encore une fois, des ellipses nous avaient privés de cette gradation. Les valeurs prônées dans Karigurashi no Arrietty tranchent avec les précédentes du studio puisque le fatalisme et le destin sont au cœur de l’oeuvre présentée. Peut-être que le roman en était déjà imprégné, mais les Ghibli ont pour habitude de déposer un sourire sur n’importe quelle lèvre déprimée. Ici, c’est plutôt de la tristesse qui emplira le cœur des spectateurs. Il serait impoli de dévoiler l’histoire mais sachez qu’il ne faut pas espérer ressortir de la salle de cinéma empli de bonnes idées. A contrario, les personnages, en eux-mêmes, sont plutôt enjoués – les difficultés arrivent lors des interactions. Le studio Ghibli fait, comme toujours, très fort en proposant peu de protagonistes, mais tous réussis. Entre la mère d’Arrietty qui en fera rire plus d’un, son père à la fois impressionnant et calme, Shô d’une gentillesse sidérante, et surtout Arrietty, alliant espièglerie, beauté et délicatesse, le “casting” demeure un excellent cru.


Karigurashi no Arrietty laissera très certainement une impression partagée aux fans du Studio Ghibli. D’un côté, la bande son incroyable et sa technique irréprochable font qu’il s’agit encore une fois d’un chef d’œuvre visuel et auditif. De l’autre, en revanche, ce qui est inhabituel tient dans son scénario imparfait, sa narration en dent de scie et son pessimisme dans beaucoup de situations (pas dans toutes, rassurez-vous). Il n’en reste pas moins un bon film, peut-être moins enjoué et plus sérieux que d’autres oeuvres majeures de Ghibli, loin d’être parfait, mais qui laisse une forte impression grâce à ses personnages hauts en couleurs. Arrietty peut prétendre à figurer parmi les meilleures héroïnes de Ghibli, sans l’ombre d’un doute.


9 commentaires

line
  1. Seb

    cool !!!!

    Mais du coup tu l’a vu en jap ? t’avais les sous titres ?
    Pas trop dur ?

    line
  2. “” j’ai découvert le retrait au guichet de banques japonaises. Les gens y sont aimables, courtois et efficaces. Je suis français, je ne suis pas habitué… “”
    Dit comme sa… t’es à quel banque ?
    Banque Pop ? Crédit Agricole ? parceque eu c’est effectivement tous l’inverse :3

    line
  3. kyn

    la chance :)
    J’ai hâte qu’ils sortent en France !!

    line
  4. ca doit être sympa de voir ca au ciné, au japon tu risque de t’en souvenir du coup !

    line
  5. Aaaah voilà l’article que j’attendais :nerd:
    Merci pour cette longue critique, toujours aussi bien rédigée. J’ai vraiment plus que hâte de le voir. :fou:

    line
  6. Linanounette

    Pour ma part j’ai choisi de ne pas voir ce film par peur de ne pas le comprendre et donc de ne pas en profiter.
    cela étant j’irai le voir dès qu’il sera sorti en France (avec l’espoir de ne pasêtre déçue contrairement à Terremer).

    En attendant je n’ai bien sûr pas pu m’empêcher de prendre the art of Karigurashi no arriety :D

    line
  7. Lina : Il faut nous montrer vos achats maintenant ! :nerd:

    line
  8. vidok

    Seb > Oui, vu en jap. Malgré cela, j’ai compris le film. Alors je ne dis pas que tous les dialogues m’étaient limpides, du tout même, mais l’animation et l’image aidant, la compréhension était plutôt bonne. Il n’y a malheureusement pas énormément de films sous-titrés à ce qu’on m’a dit. J’ai même demandé s’il passait en VOSTA pour mes camarades, mais non.

    Realhobby > La poste… :baby:

    kyn > Un an ou deux minimum… :/

    loyd342 > Oui, surtout avec mes chips super salées que j’avais pris… J’ai dû descendre ma bouteille d’eau aussitôt après tant les chips donnaient soif. J’avais été frustré de n’être jamais allé au cinéma au Japon. C’était un peu dans mes “choses à faire avant de mourir”.

    Hermit > Suffit d’aller au Japon. :nerd: Le post achats viendra. Chaque chose en son temps.

    Linanounette > C’est mesquin de remettre une couche sur les achats. Hermit va craquer. :lol:

    line
  9. Jimmy

    Je ne peux que confirmer ce qui est dit. Ce film dure 1h40 et pendant tout se temps, on ne fait qu’attendre , attendres des choses alor que rien arrive. L’illustration et surtout la musique nous tiens du début jusqu’à la fin. Mais alor que la fin apparait, je pensais être encor qu’au milieu du film. Pas d’action principal. Une fin inachevé, qui nous fait pensé a nos bon vieux mangas… Car faut l’avoué, au japon, ils ont pratiquement jamais reussi a finir un bon manga de facon correcte. Vraiment dommage.

    line

Trackbacks/Pingbacks

  1. Arrietty : le nouveau film du studio Ghibli - [...] Vidok [...]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

:x: :wink: :twisted: :sweat: :roll: :oops: :nerd: :napo: :mrgreen: :love: :love2: :lol: :jap: :idea: :hum: :happy: :fou: :fou2: :fire: :evil: :cry: :book: :baby: :arrow: :?: :-| :-x :-o :-P :-D :-? :) :( :!: 8-O 8)